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Farhad Mafie

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Un avenir qui n’est plus

Dans mon enfance, ce village
sur les coteaux de l’Alborz
qui remontait depuis l'Orient
jusqu'aux sources du soleil
et rejoignait la lune en Ouest
était ma géographie

J’en connaissais les instants des matins
et du souper
par les reflets sur ses murs
de l'aurore
par la danse du feuillage
de ses peupliers devant
l’ardente clarté des soleils

Quand le printemps annonçait la résurrection des fleurs
dans le ciel du nouvel an
quand le soleil messianique
et chaud donnait un corps nouveau
une âme nouvelle aux vieux bosquets
je me précipitais dehors
dans les ruelles du village
avec les bâillements du vent et son haleine de poussière
pour tout vivres de voyage

Pour moi - au sein des cimes retirées,
La ruche de la ville
Était le jouet de mes yeux,
De mes pensées

Je voyais parfois, au loin, dans l’envolée des pigeons d’or
de minuscules caravanes
d'abeilles comblées par l'effort

Dans la droite des minarets
une paire d'antennes dont les branches
luisantes
montaient d'un dôme pareil au dos d’un escargot

Lorsque juillet lançait au ciel
enfiévré l’aurore en feu
moi, je cherchais dans les plis
du pain d’orge
le pouliot *
plein de senteurs
Lorsque j’apprivoisais la soif,
moi,
j'extrayais de mes dents
le noyau des prunes douces
et
les lançais dans la poussière

Moi, je liquéfiais les joues
sensuelles et douces des pommes
sous la fougue de mes baisers
dans le rouge des crépuscules

Quand les troupeaux dispersés
allaient des plaines au village
quand les vaches poussiéreuses
avec la corde de leur queue
faisaient tomber d’un puits contraire
l’urne fumante de leurs bouses

moi, je rivalisais de voix
avec les crapauds qui chantaient
des psaumes
au soir qui tombait

moi je cadençais mon chant
sur l’ampleur des tintements
du calice de l’horizon
puis
tandis que s’avançaient les éclaireurs de l’automne
je voyais dans le feuillage rouge et jaune des platanes
les carreaux teintés du bain et du village
du toit des rêves

Quand à l’entre chien et loup
de l’aube, la bise hivernale
avait teinté de henné
la serre des filles de pâtres
quand
la mamelle du soleil
versait sa douve de lumière
dans le seau du ciel cuivré
c’était l’Alborz
qu’on mettait
au martyr devant mes yeux

Moi, j'étais le guerrier plein
de bravoure des épopées
Moi, ma face était tournée vers la lumière de l’avenir

Maintenant que je me tiens sur les rives de l’Orient
je ne vois
ni la lumière
de l’avenir devant moi
ni la voie
du soleil
en moi

Je suis parti de ma maison
et c’est durement que
courroucé
le destin me fait porter
dans l'obscurité de l'exil
mon châtiment bien mérité

De loin, je cherche mon pays
ma terre où anéantie
la trace laissée par mes pas
dans le ciel gris de ses jours
S’éteint

Où est la fraîche contrée de mon enfance verdoyante?
Une fois le jour effacé
que tirer de ma prière
pour qu'y fleurissent à nouveau
Mes rires?

Plus une brique sur sa terre
pour que je puisse y construire
En ruine est mon plaisant village
Où est l’Alborz ? pour que mis
à la torture dans les neiges
il me parle des Kai Kobad *

le triste appel de ses plaintes
semblerait s'être perdu
dans le silence de mes pleurs

Jamais plus, caracolant sur le matin
le zénith
n'abordera mon mirage
du haut de ses étriers

Le soleil du crépuscule
m’envoie l’ombre de mon sort
plein de promesses
sur la nuque


*Pouliot: plante aromatique du genre des menthes
*Kay Kobad est une figure mythologique du folklore de la Perse. Un des héros de l’Avesta, les textes sacrés Zoroastriens et du Shahnameh de Ferdowsi, il fut le fondateur de la dynastie à demi mythique des Kayanides. Plusieurs articles ont tenté d'établir que Arsaces I de Parthes ( environ 250 BC) est Kay Kobad. [https://en.wikipedia.org/wiki/Arsaces_I_of_Parthia]